BIOGRAPHIE
1968. Une année référence, que ce soit en France ou dans le monde. En janvier, les forces du Nord-Vietnam attaquent des centaines de villes du sud, dont Hué et Saïgon. En avril, Martin Luther King est assassiné. En mai, les pavés volent dans les rues parisiennes et une grève générale est déclenchée le 13 de ce mois. En juin, le sénateur Bob Kennedy est lui aussi assassiné. En août, Moscou envoie des chars écraser les débuts de la démocratie. En octobre, à Mexico, plus de trois cents étudiants sont massacrés par les forces de l’ordre. 1968, année de révolte, de mutation et de crise sociale voit également la célébration de la comédie musicale Hair, qui tiendra le haut de l’affiche jusqu’en 1972.
C’est également l’année de naissance du groupe Led Zeppelin et l’année de sortie de l’album blanc des Beatles. Au cinéma, c’est l’apparition de films majeurs comme La Planète des Singes, Rosemary’s Baby, 2001 l’odyssée de l’espace, La Nuit des Morts Vivants ou The Party. C’est également l’année durant laquelle Jean-Luc Godard et François Truffaut parviennent à faire interrompre le Festival de Cannes qui ne décernera aucun prix. 1968, c’est aussi l’année de naissance de Patricia Arquette, Gillian Anderson, Naomi Watts, Guy Ritchie, Will Smith, Monica Bellucci ou Lucy Liu par exemple.
Une autre actrice voit le jour en cette même année, à Steubenville dans l'Ohio. Le 7 mai 1968 pour être précis. Baptisée Nora Louise Kuzma, ce joli bébé ne se doute certainement pas qu’il va révolutionner le monde du film pornographique dans les années 80, devenir une star planétaire, déclencher un scandale sans précédent dans ce même milieu, disparaître durant deux ans pour revenir dans le monde de la série B mais aussi dans celui de la chanson et de la série télévisée. Si le nom de Nora Louise Kuzma ne vous évoque rien, celui de Traci Lords ne devrait pas laisser insensible la génération « magnétoscope » des 80’s, car ce légendaire pseudonyme est à l’origine des premiers émois sexuels de millions de spectateurs.
Traci Lords est donc née le 7 mai 1968 sous le nom de Nora Louise Kuzma, dans la petite ville de Steubenville, dans l’Ohio. Cette ville est célèbre, entre autres, pour sa prestigieuse équipe de football américain, la Big Red mais aussi pour ses monuments historiques, dont le Fort Steuben. Nora est le second enfant d’une famille composée de quatre sœurs. Son père, Louis, travaille dans la métallurgie et a des soucis avec l’alcool, ayant souvent des crises de violence. Si on a peu d’information sur son enfance, on sait que Nora a reçu une éducation assez stricte et très religieuse, étant obligée d’aller chanter à la chorale de l’église tous les dimanches matins.
Après avoir subi des violences conjugales, sa mère, Patricia Kuzma, demande le divorce et déménage chez la grand-mère de Nora, sans le consentement de son mari et en emmenant ses quatre filles avec elle. Cette rupture violente avec son père marque Nora dans son être le plus profond. La petite fille de sept ans ne comprend pas qu’un garçon puisse frapper une fille. Une situation qui se renouvellera une autre fois. Croyant la rumeur selon laquelle sa femme aurait un nouveau compagnon, Louis vient à sa rencontre et la frappe au visage violemment. Ce jour-là, Nora croit alors que sa mère est morte. C’est une nouvelle épreuve dramatique dans la vie de la jeune fille, à laquelle s’ajoute le divorce qui ne se passe pas sans encombre. Sa mère est accusée d’avoir kidnappé ses filles et son père gagne un droit de visite, provoquant l’indignation et l’incompréhension de Nora et de ses trois sœurs. Chaque week-end, les quatre sœurs doivent se rendre chez leur père, dans leur ancienne maison.
À l’âge de dix ans, la petite Nora a un amoureux, Ricky, un garçon de seize ans. Ce dernier va la violer un soir dans les champs situés près de la demeure familiale. Cet autre événement dramatique dans la vie de Nora, qu’elle gardera longtemps enfoui dans sa mémoire, elle l’exorcisera en 1995 dans son album 1000 fires avec la chanson Father’s field puis dans un chapitre de sa biographie Underneath it all en 2004.
Pour Nora, « Tout était beau avant cet instant. Quand cela se produit, vous êtes fascinée, puis embarrassée, horrifiée et, enfin, honteuse. Cela vous mûrit vite, très vite. Vous n’avez plus votre place à l’école, vous n’êtes plus comme les autres, vous en savez trop. Sombrer dans la pornographie a été une sorte de punition pour expier ce péché ».
La mère de Nora se trouve un nouveau compagnon, Roger, un hippie. Vivant pleinement cette romance, Patricia Kuzma délaisse ses filles et se consacre exclusivement à Roger, ce qui ne manque pas de blesser Nora, qui éprouve même de la honte envers sa mère. La jeune fille se réfugie alors dans la lecture, principalement la littérature de science-fiction, et s’invente un monde merveilleux pour se protéger et surtout échapper à sa triste vie.
La situation va évoluer lorsque Roger emmène sa compagne et Nora en vacances. Cette dernière, touchée par les bonnes intentions de son beau-père, baisse sa garde envers lui, lui accorde sa confiance. Pourtant, un soir, elle se réveille et découvre que son pull-over a glissé durant la nuit, dévoilant son buste dénudé. Elle aperçoit alors Roger qui la regarde. Ce dernier transforme cet incident en blague auprès de sa mère et la pauvre Nora ne sait plus quoi faire, se demandant si tout ne relève pas de son imagination.
Après cet événement déconcertant, Nora déménage avec ses sœurs et sa génitrice et s’installe en 1983 à Redondo Beach, en Californie. Le voyage s’effectue dans un bus et dure trois jours et trois nuits. Roger les attend au terminus et les emmène dans leur nouvelle maison. Mauvaise surprise, un autre hippie nommé Greg vit également dans la demeure.
Des tensions commencent à naître entre Roger et sa mère, cette dernière reprochant à son conjoint de consommer et de vendre de la cocaïne. De plus, Patricia Kuzma a une liaison avec Greg et elle décide de quitter Roger. Elle emmène ses deux filles les plus jeunes et laisse Nora et sa grande sœur Lorraine chez Roger. Nora n’en revient pas : Comment ma propre mère peut m’abandonner ?.
Ce nouveau coup dur entraîne Nora à consommer de plus en plus de bières et à fumer des cigarettes. Son nouveau cadre de vie, la Californie, la change radicalement de Steubenville. La jeune adolescente se libère totalement du carcan de son éducation religieuse, commence à consommer de la drogue, multiplie les petits amis.
Elle fréquente Dean, un surfeur plus âgé qu’elle. Le viol qu’elle a subi à dix ans l’empêche d’avoir des relations sexuelles avec ce dernier mais après un an de relation, elle cède et tombe enceinte. Dean la quitte dès qu’elle lui apprend la nouvelle.
Elle trouve du réconfort auprès de Roger qui l’emmène dans une clinique pour se faire avorter. Elle a quinze ans. Une vie mouvementée pour une jeune fille désemparée, perdue, qui se cherche et fait de mauvais choix. Roger lui présente Lynn, une amie. Nora fait du baby-sitting pour Lynn et se lie d’amitié avec elle. Elle lui raconte tous les déboires de sa vie. Pour l’aider à trouver un travail, Lynn propose de lui fournir une nouvelle carte d’identité. Nora Kuzma, âgée de quinze ans, devient alors Kristie Lee Nussman, âgée de vingt-deux ans. Elle obtient un rendez-vous pour devenir modèle. Roger l’accompagne, sachant pertinemment qu’elle a rendez-vous pour être modèle nu mais il ne le dit pas à Nora, qui ne soupçonne rien.
Tous deux se rendent à l’agence de modèles de Jim South qui se laisse abuser par la carte d’identité de Nora. Cette dernière fait des étincelles lors de sa première séance photo classique. Tout de suite après, Jim South propose à Roger une belle liasse de billets pour une seconde séance, topless cette fois. Nora hésite et pour trouver du courage, s’envoie des rails de coke. D’autres séances photos de ce type ont lieu et la jeune fille de quinze ans découvre qu’elle peut devenir le centre d’intérêt des hommes, des photographes. Pour la première fois de sa vie, elle qui a toujours été une victime, elle a le pouvoir, elle a le contrôle.
Elle se retrouve dans de prestigieux magazines de charme dès 1984 comme Velvet, Club, Blue Climax, Cheri, Oui, Cellophane et j’en passe. Même Jim South est abasourdi par l’entrain et l’investissement total de la jeune fille. Pour l’occasion, elle se trouve un pseudo plus accrocheur que son vrai nom : Traci Lords.
De nombreuses rumeurs affirment que cette idée venait du personnage interprété par Katharine Hepburn dans le Indiscrétions de George Cukor (qui s’appelle donc Tracy Lord). Dans le magazine Impact n° 17, Traci avoue qu’elle n’a jamais vu ce film mais qu’elle adorait le prénom Traci et qu’elle était tombée amoureuse du héros de la série télévisée Hawaï police d’état, Jack Lord. Elle avouera même que sa première masturbation s’est effectuée sur des photos de cet acteur. Elle complète cette déclaration dans sa biographie en disant qu’elle a ajouté le S à Lord pour représenter ses trois personnalités : Nora, Kristie et Traci.
Traci Lords est donc née et le mythe ne va pas tarder à prendre son envol. On notera qu’on trouve deux façons d’écrire Traci sur les jaquettes, affiches et génériques de films : Tracy ou Traci. Pour ma part, je dénie l’écriture avec un Y, l’actrice ayant elle-même dit que son prénom s’écrivait avec un I. Fin de discussion sur ce sujet donc ! Si la principale intéressée le dit, il n’y a plus à tergiverser !
Elle reçoit de nombreuses propositions pour aller encore plus loin et fait des photos de plus en plus osées. Tous les magazines se l’arrachent. Elle obtient un contrat pour faire des photos avec positions sexuelles simulées. Sa consommation de drogue augmente dans le même temps.
En août 1984, alors âgée de seize ans, son agent lui annonce qu’elle a été choisie pour faire la page centrale du magazine Penthouse. C’est la consécration. Et le début de l’enfer.
Nous sommes en octobre 1984 et la jeune Traci n’a donc que 16 ans lorsque le succès des photos de Penthouse l’amène à accepter de tourner son premier film pornographique. Elle se montre assez anxieuse lors de son premier jour de tournage.
Ce premier film, c’est donc What gets me hot! de Richard Mailer, distribué par Island Home Video. Le producteur, le réalisateur, le casting, dont le célèbre Tom Byron, qui a longtemps été le petit ami officiel de Traci, savaient-ils la vérité concernant son âge ou ont-ils tous été abusés par cette jeune fille bien en avance sur son temps ? Le mystère reste entier.
Dans sa biographie, Traci raconte qu’elle a totalement paniqué en découvrant l’univers du cinéma porno et qu’elle a appelé son agent pour refuser le film. Ce dernier lui a juste dit de grandir un peu et qu’elle n’aurait qu’une scène de sexe durant ce tournage et qu’elle devra surtout se balader en bikini sexy autour d’une piscine ou se faire filmer en train de prendre une douche. C’est effectivement le cas. Sur le tournage, elle fait la connaissance de Tom Byron, acteur émérite du cinéma X US, avec qui elle tournera sa première scène de sexe non simulée. Le garçon est charmant et deviendra l’un de ses partenaires réguliers durant sa carrière.
Traci Lords et Tom Byron
Avec What gets me hot!, le succès est au rendez-vous et la nouvelle starlette du cinéma X va se voir propulsée en haut du panthéon des stars du cinéma pour adultes en quelques films. Pour Traci, le sexe et le porno vont devenir comme une drogue, qui lui permettra d’avoir à nouveau le contrôle sur sa propre vie.
L’actrice enchaîne les titres avec Kinky business, Bad Girls 3, La toute toute première fois, Perdues sur l’autoroute, Miss passion, Open up Traci ou Ma petite sœur chérie entre autres.
Des films dans lesquels elle va développer un style affriolant qui fera son succès : ses seins volcaniques en forme de poires font des mouvements circulaires lors des actes sexuels, ses orgasmes ne sont pas simulés, ses cris et gémissements font monter la température à un niveau des plus élevés (vous avez intérêt à avoir la télécommande à côté de vous si vous matez un film avec Traci, sauf si vous voulez réveiller tout votre quartier), sa moue boudeuse et son regard incandescent provoquent bien des remous chez la gent masculine. Son incroyable énergie, voire frénésie sexuelle, devant la caméra éclipse toutes ses consœurs qui ne peuvent rivaliser avec elle. Et plus que tout, son incroyable talent et dévouement pour pratiquer la fellation deviendront légendaire. L’acteur Harry Reems dira sur le tournage de G Spot qu’il a totalement perdu les pédales en compagnie de Traci. Les réalisateurs, les producteurs, tous les acteurs et actrices tiendront le même discours : ils n’ont jamais vu une telle fougue, une telle ardeur auparavant. Traci en joue d’ailleurs dans les interviews qu’elle donne durant ses années de gloire : au magazine Projextion privée, elle balance Je suis la meilleure suceuse du monde parce que j’aime vraiment ça. J’ai une passion pour le sexe viril, j’aime le goût du sperme alors que voulez-vous, ce qui est une corvée pour certaines comédiennes est un régal pour moi.
Quand le journaliste du magazine Vidéo 7 lui rappelle cette citation, elle éclate de rire : J’ai dit cela ? C’est bien possible. Je voulais sans doute dire la meilleure dans la profession. J’imagine qu’il doit bien y avoir sur Terre quelques jeunes filles capables d’autant de prouesses sinon plus. Quant à sucer les hommes, j’avoue que j’adore vraiment ça. J’ai découvert assez tôt que j’aimais ça et que je donnais du plaisir. Je préfère donner que recevoir.
L’actrice Christy Canyon, qui a été une de ses bonnes amies et avec qui elle a tourné de nombreuses fois, dira après le scandale : Personne ne pouvait imaginer qu’elle était mineure. Cette fille en savait plus sur le sexe que toute la profession réunie. Jim South, son premier producteur, renchérira en disant Cette fille était adulte à l’âge de dix ans. C’est la fille la plus futée que j’ai jamais rencontrée dans ce métier.
Petit à petit, le phénomène Traci Lords prend de l’ampleur. Des acteurs comme Paul Thomas ou Jamie Gillis racontent qu’elle était du genre à parachever ses exploits caméra éteinte, pour finir la scène à sa façon.
Niveau salaire, Traci n’a pas à se plaindre puisqu’en l’espace de quelque temps, elle devient l’actrice la mieux payée de la profession, gagnant mille dollars par jour. Consciente de son talent et de son charisme (un mot que les professionnels du X utilisent souvent en l’évoquant et dont elle a dû aller chercher la définition dans un dictionnaire), elle s’octroie des exigences de star et certaines maisons de production cèdent à ses caprices. On lui fournit un appartement, une voiture pour l’amener sur les tournages, une maquilleuse à disposition 24/24 et un salaire toujours plus élevé. Elle a droit de regard sur les scénarios et peut choisir ses partenaires. Elle refuse la sodomie (mais adore qu’on lui lèche l’anus) et se montre réfractaire aux scènes à tendance SM.
Déjà à la fin du tournage de What gets me hot!, on lui propose un contrat de trois mois et la somme hallucinante de 10,000 $ pour quatre jours de tournage alors que les actrices débutantes ne touchent que 500 $. Sa jeunesse y fait pour beaucoup et la gent masculine adore cet aspect lolita de sa personnalité.
En 1985, elle continue d’enchaîner les tournages, n’apparaissant parfois que dans une seule scène ou en tant que vedette principale. Les Dark Brothers lui offrent une séquence cataclysmique dans le culte New Wave Hookers dans lequel, habillée en diablesse, elle fait des merveilles. Dans Battle of the Stars, elle se livre à une compétition sexuelle acharnée contre Christy Canyon. Dans L’éducation de Mandy, blessée par l’infidélité de son mari (Harry Reems), elle se consolera dans les bras de son avocat (Peter North). Dans G Spot, elle se livre à deux hommes en même temps pour ce qui restera comme la séquence la plus torride de sa carrière. Dans La rage de Jouir, elle s’éclate avec la ravissante blondinette Stacey Donovan, actrice qu’elle retrouvera dans le décor du drive-in le plus torride des USA dans le génial 39°5 le soir ou dans Tailhouse Rock. Infirmière en proie à un moustique porteur de la fièvre de la fornication dans Love bites, génie découvert en Egypte dans Jean Genie, rock-star dans Suzie superstar 2 ou détective privé dans Traci folies, miss Lords multiplie les personnages divers et variés et semble s’amuser comme une petite folle dans cet univers dans lequel il semble bien que c’est elle qui mène les hommes à la baguette et non l’inverse.
Une telle santé et un tel rythme de tournage cachent une facette plus sombre : Traci est accro à la drogue, à la cocaïne plus particulièrement et dépense son argent sans compter pour s’en procurer.
Sa frénésie légendaire, sa fougue sexuelle à l’écran s’expliquent-elles par sa consommation de drogue ? Traci était-elle dans un état second lors de ses prestations ? Dans un interview parue dans Impact n° 43, elle avoue : La drogue me poussait à des actes de débauche. Ce n’était pas vraiment moi dans ces films, mais la partie obscure de ma personnalité. Généralement, sur les plateaux, j’étais complètement défoncée, je ne savais pas ce que je faisais.
Ron Jeremy, acteur vétéran du X, a dit de Traci : Elle était une vraie pro. Elle arrivait tôt le matin, se maquillait et se concentrait sur son rôle. Elle n’était pas une très bonne comédienne mais elle était chaude comme le Diable, avec un corps de déesse, un visage de poupée. Elle était super belle. Tous ses partenaires vous le diront : elle était la meilleure !
En 1986, la folie continue. Les vidéocassettes dans lesquelles elle apparaît se vendent comme des petits pains et deviennent des hits en puissance. Elle tourne dans Deep Traci, Twist again Traci ou dans l’excellent Traci Fantaisies par exemple. C’est à cette époque qu’elle rencontre Stephen Cartier, qui lui propose de fonder une compagnie de production avec l’aide d’investisseurs : la Traci Lords Company. Cartier a pour projet de produire trois films X dont elle serait bien évidemment la vedette.
Traci hésite car elle veut quitter le monde du porno. Sa vie ne tourne pas rond et sa relation avec son partenaire de l’époque, Sonny, bat de l’aile. Ce dernier la frappe lors d’une soirée tendue. Face à ce nouveau déferlement de violence masculine, Traci accepte la proposition de Stephen Cartier, qui devient donc son amant, son producteur et son agent.
Le premier film issu de sa société de production l’emmènera au Pays du soleil levant puisqu’elle part au Japon tourner Traci takes Tokyo. Là-bas aussi, elle est une star incontestée et possède des hordes de fans qui n’attendent qu’une chose, même après Hiroshima et Nagasaki : qu’une troisième bombe (sexuelle celle-ci) leur tombe dessus. En la personne de Traci, ils ont plutôt été servis ! Second film de la T.L.C. le polar porno Beverly Hills copulator, dans lequel elle interprète une femme flic qui va s’infiltrer dans un réseau de prostitution pour retrouver sa sœur.
1986, c’est aussi l’année où la France, Paris en particulier, va être choisie comme lieu de tournage pour la troisième production de la T.L.C. Comme elle doit venir à Paris mais aussi au festival de Cannes, Stephen Cartier décide de faire tourner Traci dans un film X avec les stars du porno français : Alban Ceray, Dominique Saint-Clair et la divine Marilyn Jess sont au casting.
Après un passage remarqué à Cannes où elle enflamme toute la foule, Traci se rend donc à Paris où le magazine Penthouse organise une soirée en son honneur, soirée durant laquelle elle fera un strip-tease improvisé pour le plus grand plaisir du public présent. Pour l’anecdote, elle dira lors d’une interview qu’elle adorerait faire l’amour avec Christophe Lambert en haut de la tour Eiffel !
Derrière cette envolée de strass et de paillettes se cache malheureusement une tristesse de tous les instants. Traci plonge en pleine dépression même si elle assume son statut de méga star du porno devant les journalistes et les caméras.
Le 7 mai 1986, à 12h01, elle fête seule ses dix-huit ans. Traci Lords est enfin majeure. Elle débute dès le lendemain le tournage de Traci je t’aime. Une énorme production, aux moyens financiers impressionnants pour un tournage de cinq jours, ce qui est inhabituel pour un film pornographique. Mais Traci est une star, il lui faut donc un écrin à sa juste valeur. La production engage des techniciens professionnels, des maquilleuses réputées et va utiliser un matériel bien plus sophistiqué que dans les productions X classiques. Les cinq jours de tournage se passent admirablement bien. Tous les hardeurs français présents pour les différentes scènes tombent sous le charme de Traci. L’un d’entre eux ira même jusqu’à dire : Cette fille est insensée, elle arrive à me faire bander !
Sa future rencontre avec Marilyn Jess est source de tension pour la production mais au final, les deux sex-stars s’entendent à merveille et se donnent à fond, rivalisant chacune de perversité pour enflammer les images. Interviewée par Pulsions magazine, la belle hardeuse française dira sur sa partenaire américaine : Il n’y a eu aucune concurrence entre nous mais plutôt une émulation réciproque et, très vite, une réelle complicité.
Concernant le talent de Traci à pratiquer un cunnilingus ou une fellation, Marilyn ne tarie pas d’éloges : « C’est carrément une lécheuse de première classe. L’une des meilleures, sinon la meilleure que j’aie rencontrée. Quant à sa technique de pipeuse, elle est tout simplement admirable, et je m’y connais ! C’est une perfectionniste. On sent qu’elle aime infiniment ce qu’elle fait. Quand elle baise, c’est pareil, elle y met une conviction bouleversante.
Une fois terminé, le film rencontre un exceptionnel succès et les ventes rentabilisent rapidement l’investissement initial. Tout semble aller pour le mieux pour Traci Lords. Sauf que la dépression la poursuit. Les fans peuvent d’ailleurs voir que dans Traci je t’aime, la star ne brille pas de mille feux et ne se donne pas toujours à fond.
Après ce tournage, elle rentre chez elle aux USA. Seule dans son grand appartement, elle a des envies suicidaires. Elle est au bout du rouleau et ne voit pas d’échappatoire.
Quarante-huit heures plus tard, le F.B.I. débarque chez elle et l’emmène devant un inspecteur qui lui dit : Nous savons qui vous êtes Nora. Nous allons vous aider. Mais auparavant, il va falloir nous aider. Le scandale éclate.
Lorsque le milieu du X US apprend lui aussi la terrible nouvelle, c’est un vrai branle-bas de combat qui se déclenche. Producteurs, réalisateurs, acteurs, photographes, journalistes, tous sont passibles de lourdes peines pouvant même aller jusqu’à l’enfermement en prison, car aux USA, faire participer une mineure dans des pornos reste totalement interdit et sévèrement réprimandé. L’Adult Film and Video Association of America qualifie Traci Lords d’irresponsable. L’association et ses membres regrettent profondément l’impact que la fraude de Mlle Traci Lords aura sur les milliers de professionnels innocents qui travaillent pour l’industrie du film pour adultes.
Les spéculations pour savoir pourquoi le F.B.I. s’est intéressé tout à coup à Traci Lords vont bon train. Pour certains, ce serait la mère de Traci qui aurait dénoncé sa fille car cette dernière ne lui envoyait plus d’argent. Pour d’autres, ce serait son voyage au Japon, en utilisant un faux passeport, qui aurait déclenché l’enquête du F.B.I. ou bien elle aurait été dénoncée par une actrice jalouse de son succès.
D’autres vont carrément affirmer que c’est Traci elle-même qui se serait dénoncée afin de faire disparaître tous les films tournés avant Traci je t’aime et ce, afin que ce dernier soit le seul film officiel de l’actrice, ce qui lui permettrait de s’en mettre plein les poches, sa société de production étant le principal investisseur.
La théorie la plus folle est que Traci serait une infiltrée et qu’elle aurait eu pour mission de déclencher un véritable scandale pour mettre à genou le monde de la pornographie, bien trop envahissant pour certaines personnes.
La vérité, seule Traci la connaît. Toujours est-il que cette petite cachotterie de la part de Traci a été un véritable séisme pour la profession : plusieurs personnes qui ont travaillé avec elle vont prendre cher, comme Jim South par exemple, qui doit payer 25 000 $ pour échapper à la prison. Tous les films dans lesquels elle a joué, hormis Traci, je t’aime, sont désormais interdits de vente aux USA.
Les copies sont détruites et toutes les scènes dans lesquelles elle apparaît sont retournées avec d’autres actrices. Les jaquettes sont également refaites : c’est désormais Ginger Lynn qui est en couverture de New Wave Hookers par exemple.
Rubin Gottesman, qui dirige X-Citement Video, s’est « amusé » à distribuer ses films pornographiques après le scandale. Il a été le premier Californien accusé d’obscénité, dut payer 100 000 $ et alla faire un petit tour en prison durant un an !
Traci Lords devient persona non grata dans le milieu. Prononcer ou citer son nom est comme une insulte. De « victime », Traci devient « la femme à abattre ». On murmure même que la mafia aurait été engagée pour faire disparaître l’actrice. Entre 1986 et 1988, on n’a d’ailleurs plus aucune trace d’elle et certains ont cette phrase terrible à son égard : Cherchez-la dans un bloc de ciment.
Était-il possible pour les gens de la profession de ne pas voir qu’ils avaient affaire à une mineure ? Certains ont-ils fermé les yeux, préférant penser aux billets verts qui allaient tomber dans leur poche en transformant une jeune fille en star planétaire ?
Traci était-elle si mature qu’elle aurait tout manigancé dès le départ ? L’adolescente de quinze ans avait-elle déjà une âme de business woman diabolique ? Ou est-elle tout simplement la victime d’hommes qui ont abusé de sa jeunesse et de son innocence ?
Ce scandale, cette révélation sur son âge véritable lors de son âge d’or dans le monde du X, a en tout cas transformé la superstar en légende vivante. En France, nous sommes chanceux car ses films X ne sont pas interdits et on peut même en trouver en DVD. Seul Canal+ a eu un coup de panique en programmant un samedi soir Love bites mais en découvrant la vérité sur l’âge de Traci, la chaîne a été obligée de le déprogrammer et de diffuser un film avec Ginger Lynn !
Pour rendre hommage à la carrière phénoménale de Traci, des magazines spécialisés comme Pulsions magazine ou Projextion privée font paraître, dès 1987, des numéros entièrement dédiés à l’ex-star du X. Ce dernier sort même une cassette-souvenir présentant les meilleures séquences de ses dix films les plus réputés sous le titre de Traci Forever, en quantité limitée et numérotée, au doux prix de 550 francs à l’époque !
Des fans sortent également des fanzines sur Traci, comme Tim Greaves. Sous le pseudo de Steve Rag, il fait paraître six numéros du fanzine Nora K. qui seront réédités en 1996 de façon plus classieuse (format A4 au lieu du A5, papier de qualité, scan photo amélioré) sous le titre de The Nora K. Kompendium.
En 1995, les Espagnols Eduardo Guillot et Manuel Valencia sortent un ouvrage sur elle intitulé Traci Lords - la sexygrafia mas completa de la ex-reina del cine porno. La revue de luxe allemande Simple Movie sort un n° 4 spécial Traci Lords, et X-Rated publie deux petits fascicules d’une trentaine de pages chacun sur la miss, agrémentés de jolies photos toutes en couleur.
En 2017 et 2020 le français Stéphane Erbisti sort deux numéros de son fanzine Toutes les Couleurs du Bis qui sont entièrement dédiés à la gloire de Traci Lords. Dans le numéro 9, il retrace toute sa carrière de sa naissance à 1986 et dans le numéro 12, il s'intéresse à sa carrière de 1988 à 2020. Du travail d'orfèvre pour un vrai passionné de Traci. Indispensable pour tous les fans de l'actrice.
En 1987 sort même en VHS une biographie non autorisée intitulée en France Traci Lords story et dans laquelle la star est interprétée par l’actrice Jacqueline Lorians. On retrouve au casting Peter North et Ron Jeremy. Le nom des personnages est modifié afin de ne pas avoir de procès. Mr Black équivaut par exemple à Gregory Dark (réalisateur de New Wave Hookers) et celui-ci n’a pas une image très positive dans le film, obligeant Traci à lui faire une fellation pour négocier son salaire. Un pastiche pas inintéressant au final.
Qu’a fait Traci Lords entre 1986 et 1988 ? Durant l’été 86, elle suit une thérapie et une cure de désintoxication. Comme elle le dit : L’instinct de survie a pris le dessus. Je pouvais soit mourir soit vivre. J’ai décidé de vivre. N’ayant plus un sou en poche, ayant dilapidé ses gains dans l’achat de cocaïne, Traci n’a d’autre choix que de vendre les droits de Traci, je t’aime. Elle le fait à contrecœur : Je déteste le fait d’avoir moi-même rendu possible le fait que quiconque puisse aller dans un vidéoclub pour le louer. Mais vendre les droits de ce film m’a donné le contrôle sur ma vie. J’ai pris ensuite deux grandes décisions : doubler mes séances de thérapie et engager un avocat : Leslie Abramson, qui fut ma première vraie protectrice. En battante, Traci décide donc de reprendre sa vie en main, de faire table rase du passé tout en sachant bien que ce dernier ne s’effacera jamais de la mémoire des millions de personnes qui l’ont adulée. Qu’importe.
Elle n’a que dix-huit ans après tout et toute la vie devant elle. Elle renoue même avec sa mère, cette dernière prenant conscience de ce qu’a vécu sa fille et décidant de l’épauler dans ses futures épreuves.
Ayant toujours un attrait pour le métier d’actrice, elle réussit à intégrer le Lee Strasberg Theatre Institute. L’enseignement, basé sur les émotions intérieures, renforce encore la confiance de Traci envers elle-même.
Une fois l’école terminée, elle poste des annonces dans le Hollywood Reporter. Elle est rapidement repérée par un agent et rencontre Fred Westheimer. Ce dernier se montre courtois et correct, n’évoquant jamais son passé dans le X lors de leurs discussions. Malheureusement, il n’en est pas de même pour les agences de cinéma qui refusent de prendre Traci sous contrat, à cause justement de son image de star du porno.
Fred Westheimer ne baisse pas les bras et il l’envoie passer une audition pour un petit rôle dans la série télévisée Wiseguy. Cette fois, la bonne étoile de Traci se met à briller. Elle obtient le rôle de Monique dans l’épisode Date with an angel, le vingt et unième de la saison 1. Certes, elle joue une call-girl de luxe, vêtue d’un manteau de fourrure, puis d’une robe de soirée ultra sexy, mais cette première apparition sur un écran depuis le scandale qu’elle a provoqué est pour elle comme une cure de jouvence.
Peu de temps après, elle rencontre Jim Wynorski, un réalisateur faisant partie de l’écurie Roger Corman et spécialisé dans la série B horrifique. Roger Corman veut produire un remake de Not of this earth, son film de science-fiction datant de 1957. Il cherche une star féminine pour reprendre le rôle de Nadine, l’infirmière sexy qui devra lutter contre un envahisseur de l’espace et qui était interprétée par Beverly Garland dans le film original. Cette nouvelle version est confiée à Jim Wynorski qui en sera donc le réalisateur.
Le scénario du film contient deux scènes topless, ce qui refrène les ardeurs de Traci mais elle ne peut refuser le contrat quand elle apprend que c’est elle qui a été retenue pour le rôle !
Sur le tournage, qui doit avoir une durée de dix jours, Jim Wynorski se montre colérique mais jamais avec Traci. Le film est rapidement terminé et monté car Roger Corman, en habile commercial, veut profiter de l’aura de son actrice et surfer sur la publicité du cas Traci Lords, toujours bien présent dans les esprits.
Comble du bonheur pour Traci, Le Vampire de l’espace (titre français de ce Not of this earth version 1988) va sortir dans les salles américaines. Corman et Wynorski, selon Traci, ont réalisé l’impossible : faire jouer une ex-star du porno dans un film grand public et le diffuser en salles. La chronique du Hollywood Reporter lui donne du baume au cœur : La réponse est OUI. Elle sait jouer. Traci Lords est meilleure que la plupart des stars de soap opera. Malheureusement pour Traci, la presse et les reportages télévisés se focalisent principalement sur le fait qu’elle était la reine du porno, ce qui la plonge dans une nouvelle période de doute. Ce passé trouble va-t-il la poursuivre toute sa vie ?
Le vampire de l’espace, malgré ses qualités et une excellente bande originale composée par Chuck Cirino est, de plus, un cuisant échec au box-office. Traci sombre dans le désarroi. À l’inverse, le film hautement sympathique de Jim Wynorski cartonne lors de sa sortie en vidéo et fait la joie des amateurs à travers le monde de série B fun et décomplexée.
Face à ce succès en vidéocassette, Roger Corman propose alors un nouveau film à Traci, mais toujours avec des scènes de nudité. L’actrice refuse cette proposition, soucieuse de montrer une autre facette d’elle aux spectateurs. Elle n’en peut plus, d’être juste considérée comme l’ex-reine du porno. Elle veut prouver qu’elle a du talent et qu’elle peut être une actrice sérieuse et crédible.
Sans nouvelle proposition, Traci se tourne vers l’association Children of the Night, qui vient en aide aux jeunes démunis. Elle fait des spots publicitaires pour l’association et devient l’une des porte-paroles les plus influentes sur la jeunesse en désarroi.
Traci la battante obtient également un poste de modèle à la Vaughn Agency. Pour l’occasion, et pour souffler un peu, elle reprend son prénom, Nora. Elle fait des photos pour mettre en valeur des soutiens-gorge ou pour des magazines de fitness. Mais son passé la poursuit. Plusieurs personnes font le rapprochement entre le physique de Nora et de Traci Lords. Désemparée, elle comprend que le combat pour s’offrir une respectabilité ne fait que commencer. Par la suite, elle décidera de changer son nom en Traci Elizabeth Lords, pour monter qui elle a été et qui elle veut devenir.
Elle intègre une seconde école de cinéma, se trouve un nouvel agent et se passionne pour l’art culinaire. Elle participe en 1989 à une vidéo de remise en forme, Warm up with Traci Lords, dont le résultat se révèle bien différent de ce qu’elle supposait. La caméra s’attarde en effet sur ses courbes de manière intrusive et les angles choisis sont assez crus.
La même année, elle joue dans Fast Food, une comédie de Michael A. Simpson qui passe relativement inaperçue. Elle fait en revanche bien plus sensation dans l’épisode Tooth or consequences de la série culte Mariés, deux enfants, dans lequel elle joue l’assistante sexy d’un dentiste. Elle se lie d’amitié avec Christina Applegate par la même occasion. Traci jouera dans un second épisode de cette série.
Son agent l’appelle alors pour lui annoncer que le réalisateur John Waters désire l’auditionner pour son prochain film, Cry-Baby. La chance tournerait-elle enfin en sa faveur ?
John Waters, Traci ne le connaît pas du tout, hormis de renommée. Elle sait juste qu’une de ses actrices a mangé une crotte de chien à la fin d’un de ses films (Pink flamingos). Mais le scénario de Cry-Baby ne prévoit rien de tel. C’est une comédie musicale rock se déroulant dans les années 50. Johnny Depp interprète le personnage principal.
John Waters veut Traci pour jouer le personnage le Wanda Woodward, une des filles constituant le gang de Cry-Baby. L’audition se déroule rapidement. De retour chez elle, Traci attend, le ventre noué. Ce rôle, elle le veut absolument car le film est une production Image Entertainment / Universal Pictures ! Si un studio aussi prestigieux accepte de la faire jouer sans s’occuper de son passé, cela sera un premier pas vers sa reconversion.
Durant les journées d’attente, Traci fait la connaissance de Slash, guitar hero du plus grand groupe de rock’n’roll de tous les temps, selon votre serviteur : Guns N’ Roses. Cette rencontre se passe à l’occasion des MTV Music Awards où le groupe est nominé dans la catégorie Best Artist of the Year.
À l’issue de la soirée, Slash laisse son adresse à Traci. Elle se rend à l’appartement du guitariste sans vraiment savoir ce qu’il désire. Elle le trouve sexy et n’exclue pas une liaison si tout se passe bien. Une fois à l’intérieur, Slash la laisse seule un moment. C’est alors qu’elle fait connaissance avec un ami de Slash : un énorme serpent ! Terrifiée, Traci prend ses jambes à son cou et met fin à une relation qui n’a même pas commencé !
Cette petite déception est vite balayée par un appel de son agent. Elle a obtenu le rôle de Wanda dans Cry-Baby ! Sur le tournage, tout se passe bien avec le casting, l’ambiance est détendue. Elle se lie d’amitié avec Johnny Depp et Ricky Lake. Et tombe amoureuse d’un membre de l’équipe, Brook Yeaton, dont la mère n’est autre que Pat Moran, la directrice du casting. C’est également le petit protégé de John Waters.
Quand on demande à John Waters s’il est fier d’avoir réussi à imposer Traci Lords à ses producteurs, il répond : Je suis plutôt fier d’avoir engagé Traci pour ce rôle qui lui va comme un gant. Traci a un sens de l’humour très fort. Elle était venue me voir avec l’envie de jouer le rôle de Hatchet Face, la jeune fille au corps de déesse mais à la figure épouvantable. Elle n’avait nullement le désir de poser comme une pin-up du sexe. Quand je l’ai vue, elle n’était ni maquillée, ni apprêtée. Rien qu’un jean et un tee-shirt, et sa petite bouille de fillette boudeuse. Elle est juste, elle est pro, elle mérite de faire une carrière. J’en ai fait une « bad girl » tout ce qu’il y a de sexy et d’ingénue.
L’entente entre Brook Yeaton et Traci se passe à merveille. Les deux amoureux ont vécu de nombreux drames au cours de leur adolescence, ce qui les rapproche encore plus. Au contact de Brook, Traci se libère, se confie à lui, lui parle de son passé dans le X, se permet même d’en rire en lui disant La seule chose que j’ai réellement apprise dans un porno, c’est faire une fellation sans abîmer mon rouge à lèvres. Traci est heureuse. Et amoureuse. Elle se mariera avec lui le 29 septembre 1990.
Mais le succès de Cry-Baby ne change rien à sa situation professionnelle, les grands studios ne lui offrent toujours aucune opportunité. En 1990, elle obtient un petit rôle dans un épisode de la série McGyver. Cette même année, elle aurait dû être la star du thriller Object of desire mais ce film ne vit jamais le jour, malgré des affiches alléchantes et prometteuses.
En 1991, on la retrouve dans la comédie fantastique Shock’em dead de Mark Freed. Comme les grands studios lui ferment leurs portes, elle accepte, faute de mieux, de jouer dans de petites séries B policières. On la verra au générique de Meurtres sous tensions, Sale temps pour mourir ou L’arme suprême par exemple. Des rôles de femmes fortes et déterminées, qui n’hésitent pas à donner des coups et qui lui vont plutôt bien car elle se montre vraiment à l’aise dans les séquences d’action.
Dans le même temps, elle poursuit sa carrière de mannequin et revient en France pour défiler pour le célèbre couturier Thierry Mugler.
En 1992, elle s’essaye à la chanson et se retrouve dans la B.O. du film Simetierre 2 avec le joli titre Love never dies. Elle chante également sur le titre Little baby nothing du groupe rock Manic Street Preachers.
En 1993, elle débute le tournage d’une mini-série basée sur un roman à succès de Stephen King : Les Tommyknockers. Le tournage se déroule en Nouvelle-Zélande.
Elle enchaîne la même année avec un petit rôle dans un épisode de la série Un privé sous les tropiques puis avec le film Laser Moon. Les fans de cinéma horrifique la remarquent dans le sordide Skinner d’Ivan Nagy dans lequel elle partage la vedette avec Ted Raimi, le frère du Sam qu’on ne présente plus. On la verra également dans le polar Desperate Crimes puis dans un épisode de la série Highlander avec Adrian Paul (The darkness) et dans un épisode de la saison 5 des Contes de la crypte (Two for the show). Rien de bien exceptionnel au final pour Traci qui ne voit pas sa carrière décoller. John Waters lui confie un tout petit rôle dans son nouveau film, Serial Mother en 1994. On la voit aussi dans Circuitry man 2, La croqueuse de diam’s et Dragstrip girl. En 1995, elle obtient un rôle récurrent durant quatre épisodes dans la série Melrose place. Idem dans la série Roseanne, elle joue le même personnage durant trois épisodes. Elle joue ensuite dans le téléfilm Fausse identité.
Comme on le voit, Traci n’est sollicitée sur aucun gros projet mais poursuit coûte que coûte son petit bonhomme de chemin. Un chemin qui ne colle plus avec la carrière de son mari Brook Yeaton. Les distances éloignées font que le couple n’a plus le temps de se voir. Après une vraie période de bonheur, Traci et Brook n’ont pas d’autre choix que de divorcer le 1er janvier 1996. Encore une épreuve douloureuse pour la jeune femme de vingt-huit ans.
Traci va pourtant rebondir mais pas grâce au cinéma. Son expérience dans le domaine de la chanson lors de la sortie du film Simetierre 2 a attiré l’attention de Radioactive Records qui lui propose d’enregistrer un album. Traci le veut pop mais aussi techno. Ce sera 1000 fires, dont le premier titre, Control, cartonne dans tous les clubs et sera même inclus dans la B.O. du film Mortal kombat, adaptation du célèbre jeu vidéo.
À la suite du succès colossal de Control, Traci interprète en live un autre titre de son album, Fallen angel dans le film Programmé pour tuer avec Denzel Washington. Elle rate de peu le rôle de l’héroïne principale dans le Casino de Martin Scorsese, qui sera tenu par Sharon Stone. Dommage.
En 1996, elle revient au métier d’actrice avec deux polars : Underworld et Savage (aka Blood Money). Dans le premier, un homme, qui a passé sept ans derrière les barreaux, désire se venger des gangsters qui ont tué son père et se lance dans une impitoyable croisade meurtrière. Traci joue ici le personnage d’Anna, un rôle anecdotique. Dans le second, on suit les méfaits d’un dangereux psychopathe échappé de prison qui veut se venger de la trahison de son ancien associé. Traci interprète la petite amie du cinglé et n’est que peu présente à l’écran.
Elle accepte toujours des rôles mineurs dans des séries télévisées (Nash bridge, Nick Freno, Viper) et obtient un minuscule rôle dans le Nowhere de Gregg Araki. En 1997, elle a le premier rôle dans le thriller Stir, puis joue avec Mark Dacascos dans Un homme en Enfer.
1998 verra sa renommée augmenter avec la série Profiler. Traci est en effet choisie pour interpréter Sharon Lesher, alias Jill, la compagne du tueur Jack, et ce durant dix-neuf épisodes. Un rôle important, qui ne laisse personne indifférent.
En cette même année 1998, elle est aussi à l’affiche du thriller érotique Extramarital et joue un vampire dans l’introduction de Blade avec Wesley Snipes. Puis retour aux films à petit budget et aux téléfilms avec D.R.E.A.M. Team, Me and Will, Full Blast, Secousses à Los Angeles, Chump Change ou Certain Guys.
Le 26 juin 1999, elle se marie avec Ryan Granger et divorce le 1er février 2000. En 2001, c’est encore une série télévisée qui la met sur le devant de la scène. Elle joue en effet le personnage de Jordan Radcliffe dans la saison 3 de First wave durant dix-sept épisodes. Pour l’occasion, elle change de couleur de cheveux et se révèle diablement belle et talentueuse.
2001, c’est aussi l’année où elle fait la connaissance de Jeff Gruenewald, qui deviendra son mari en 2002 et le père de son fils. Un couple solide et follement amoureux, qui apportera enfin calme, sérénité et bonheur à Traci qui le mérite bien.
Après le succès de First Wave, Traci revient à des rôles plus mineurs dans They shoot divas, Don't they?, Black mask 2, You’re killing me, Manhood ou Deathlands entre 2002 et 2003.
Elle décide d’écrire son autobiographie en 2003, sous le titre Underneath it all. Un livre dans lequel elle exorcise son passé et les drames de sa jeunesse : Je ne sais pas trop quoi penser de ma carrière. Ce que j’éprouve est à la fois très intense et très ambigu. Ça n’a jamais été une partie de plaisir, je vous assure, j’ai même vécu des moments atroces. Certaines personnes de mon entourage ont eu une telle influence sur moi que je me suis retrouvée dans des situations impossibles. Voilà pourquoi je me suis mise à écrire mon autobiographie. Pas pour gagner de l’argent, ça, j’aurais pu le faire à l’époque où tout le monde venait frapper à ma porte. Mais pour mettre en garde celles qui rêvent de figurer sur le poster central de Playboy. Je veux leur dire que ce métier est tout sauf agréable, même s’il m’a permis de mieux me connaître moi-même.
Elle enchaîne les émissions télévisées pour venir présenter son livre et expliquer quel calvaire elle a vécu dans le milieu du porno, comment des adultes ont abusé de sa jeunesse, de sa fragilité. Elle évoquera également son viol, notamment lors de l’émission d’Oprah Winfrey, cette dernière décidant alors elle aussi de parler du viol qu’elle a subi étant jeune. Une émission forte en émotion.
L’année 2005 ne restera pas vraiment dans la mémoire des fans de Traci puisque notre charmante créature n’est à l’affiche que de Frostbite, une comédie, et joue quelques rôles anecdotiques dans des séries, comme d’habitude. Plus intéressant est son passage derrière la caméra pour un court-métrage baptisé Sweet Pea, qui relate le viol d’une jeune fille par son petit ami et son questionnement envers Dieu. Un court-métrage qui se veut catharsis et dans lequel joue Jeff, son mari.
Traci sera ensuite la vedette de deux films en 2006, à savoir la comédie romantique Novel Romance et le film d’horreur Crazy Eights dans lequel elle joue avec la belle Dina Meyer.
Il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent entre 2007 et 2009, hormis des prestations dans Your name here, Zack et Miri font un porno et surtout Les chroniques de Mars, une histoire du célèbre personnage John Carter qui s’est également vu adapter avec beaucoup plus de moyens dans le film John Carter en 2012. Retour à la comédie en 2010 et 2011 avec Here & now et The soccer nanny avant de faire une prestation remarquée dans le troublant Excision en 2012. Traci poursuit dans l’ambiance horrifique en 2013 avec Devil may call.
En 2015, elle retrouve Jim Wynorski pour Sharkansas Women's Prison Massacre, tout un programme ! Elle se retrouve aux prises avec des requins préhistoriques, rien que ça. Sacré Jim, toujours fidèle à ses délires et c’est tant mieux !
En 2016, elle est au casting de Nightmare nurse, un thriller de Craig Moss et apparaît à plusieurs reprises dans la série comique Swedish dicks.
En 2018, elle apparaît dans le court-métrage Cemetary Tales: A Tale of Two Sisters de Chris Roe, en compagnie de Michael Broderick, Bruce Davison ou Roslyn Gentle.
En 2019, Traci joue le personnage de Sally Fay dans la comédie Steam Room Stories: The Movie de J.C. Calciano, aux côtés d’Eric D'Agostino, Toneey Acevedo, Paris Dylan et Jacob Buckenmyer, entre autres. La même année, Traci et son mari Jeff sont au générique du thriller Manipulated, réalisé et scénarisé par Matt Berman.
Parmi ses futurs films à venir sont prévus pour 2021 la comédie Waking up dead de Terracino ou la comédie horrifique Nicole, her ex & the killer de Bob Akins.
Si la reconversion de Traci Lords ne s’est pas effectuée sans difficulté, on ne peut pas dire que l’actrice n’a pas tout essayé pour redorer son image, faire oublier son passé et tenter de survivre dans ce milieu impitoyable. Même si sa nouvelle carrière depuis 1988 n’a pas été marquée par des films prestigieux, par des rôles importants, elle est l’une des très rares ex-star du X à avoir su évoluer et rester sur le devant de la scène, aussi petite soit cette dernière. À force de ténacité, de persévérance, Traci Lords a su se faire un nom dans le milieu classique du cinéma et surtout dans celui des séries télévisées.
Dans une interview donnée au magazine Vertiges et Pulsions au début des années 90, dans lequel le journaliste lui demande si son passé la poursuit toujours, Traci répond : Évidemment. Les gens me posent toujours tellement de questions. Ils se demandent à quoi je peux bien ressembler maintenant. Après tous les trucs assez sordides qu’ils avaient vus avant… On pensait que je faisais une carrière dans le X, que je me construisais une image de marque… Mais non ! Pour moi, c’était être une rebelle, c’était être accro à la drogue, c’était beaucoup de choses douloureuses. Mais j’ai tiré mes leçons. Quoi que vous fassiez devant une caméra, ne pensez jamais que personne ne le verra un jour. Je ne condamne pas les films X. En ce qui me concerne, ce fut une mauvaise expérience. J’ai traversé tout ça, je n’en suis pas fière mais je l’ai accepté. Je me suis battue, j’ai grandi avec la rage et maintenant, je fais ce que je veux faire, en toute indépendance. Le milieu du X, c’était la dépendance. Je crois que mon présent a dépassé mon passé maintenant. Grâce à Cry-Baby, j’ai acquis une crédibilité.
Quand le magazine Entrevue lui demande « Et si c’était à refaire ? », Traci n’hésite pas une seconde : Tout le monde est convaincu que je faisais ça sans m’en rendre compte mais je me souviens de la moindre bite de ma carrière. On peut toujours dépasser ce qu’on a fait mais on ne peut jamais l’oublier. » Et de conclure au magazine Vidéo7 : « Je suis heureuse d’être parvenue à m’en sortir. Je ne me suis jamais posé en victime. Si j’ai été une star du X, ce n’est la faute de personne ; seulement de la mienne. Mais j’en ai assez d’avoir cette étiquette collée au dos. Ça me fait tellement plaisir lorsqu’on m’accoste pour me parler d’autre chose que du porno. Oui, j’ai joué dans des films X et je le regrette. Mais par pitié, laissez-moi tourner la page.
En ajoutant la flèche de la musique à son arc, elle a su mener sa barque, tranquillement, ne comptant que sur elle-même, et a réussi à ne pas tomber dans l’oubli. En 2011, elle a d’ailleurs sorti un nouveau tube, Last drag et en 2013, elle a pris position lors de l’affaire du viol d’une jeune lycéenne par des footballeurs à Steubenville, sa ville natale, en écrivant le titre Stupidville et en donnant diverses interviews dans plusieurs journaux télévisés pour condamner fermement cet acte.
Si elle n’a pas abandonné le métier d’actrice comme on l’a vu, Traci Lords s’est trouvé également une toute nouvelle occupation, qui lui tient particulièrement à cœur et dans laquelle elle s’épanouit pleinement : la mode. Consciente que le personnage de Wanda Woodward dans Cry-Baby est celui qui lui a apporté le plus de notoriété, Traci a donc créé, avec l’aide de la designer Laura Byrnes, toute une ligne de vêtements inspirée du style Wanda et des années 50 façon délinquance juvénile. Des vêtements très pin-up girl donc, kitsch et colorés, qui vous donneront un look très classe de bad girl.
Vivant toujours en parfaite harmonie avec son mari et son petit garçon, Traci Lords reste une icône intemporelle qui a marqué de son empreinte indélébile les années 80 bien sûr mais aussi les décennies d’après.
Pour beaucoup, elle est et restera la reine du porno mais il est clair qu’elle est bien plus que ça. Tellement plus que ça.
On souhaite donc une bonne et longue continuation à Traci Lords dans tous ses futurs projets. Elle le mérite amplement, s’est battue pour ça et n’a jamais baissé les bras. C’est tout à son honneur. Merci miss Lords !
copyright 2024


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